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Une vie de Bridget
9 mai 2023

La vie après le cancer

Ça va faire 9 mois qu'on m'a déclarée en rémission. 9 mois, comme un accouchement, et je suis partie à Bali pour trouver ce nouveau moi que j'espère construire, à base de bonnes énergies, de spiritualité et de bienveillance. 

Trois semaines loin des hôpitaux, des laboratoires, des infirmières et de leurs aiguilles que mon bras gauche tolère de moins en moins, des médecins, de la paperasse et de lui.
Lui, c'est autant le cancer que mon ex, qui en est un aussi. Lequel était le plus agressif et le plus destructeur pour moi? Allez savoir !
Quoiqu'il en soit la vie se reconstruit depuis quelques mois..ici et là.
Elle se reconstruit par des questionnements et des remises en question, par l'apprentissage de la bienveillance vis à vis de moi même d'abord, et des autres ensuite..car la bienveillance est une manière d'être globale, elle n'est pas spécifique à des personnes ou des situations. Et la bienveillance se cultive.
Alors je cultive ma bienveillance, pour vivre mieux avec moi même et les autres, mais surtout avec cette nouvelle personne que je deviens et que je ne connais pas bien.
Car après l'épreuve que je viens de subir, je me surprends souvent à me demander qui je suis, ce que je veux. Je ne me reconnais pas dans le miroir, dans ma manière de penser et de m'exprimer, je dois l'apprivoiser.
Après avoir frôlé la mort, après avoir enchaîné les épreuves de douleurs en tous genres, qu'elles soient physiques comme psychiques, après ce trauma du cancer, on n'est plus celle que l'on était. Et on ne sait pas non plus celle que l'on doit ou va être et donc comment aborder les situations ou les gens. Ai je envie de ça ou pas ? Est ce que je m'écoute suffisamment ? On se pose ces questions bêtes qu'on ne se posait jamais. Plus que jamais on est consciente d'être quelqu'un, même si on ne sait pas vraiment qui.
Parce que tout est différent chez nous 
Tout d'abord le corps est marqué dans sa chair, son âme et même son cœur. Parce plus aucune relation n'est identique et que le ménage se fait progressivement. Changement d'amis, éloignement de certaines personnes toxiques, rupture amoureuse. Le cancer,ça change votre manière de vous percevoir, de vous présenter aux autres et d'interagir.
Vous vous dites que vous n'avez plus droit a l'erreur, que vous devez vous protéger des ondes négatives et des personnes qui ne vous font pas du bien. Et enfin vous acceptez de ne pas être aimée de tous et de rayer quelques noms sur la liste de votre entourage qui réduit comme peau de chagrin 
La vie après le cancer... c'est faire des choix et apprendre à s'écouter.
Mais c'est aussi avoir plus que jamais conscience de la chance que l'on a d'être en vie et sur nos pattes, de pouvoir à nouveau marcher sur la plage, prendre l'avion, aller faire du sport même si la forme n'est pas la même !
On apprécie chaque instant, et on ne veut plus se les gâcher. C'est vivre sa deuxième vie.
On vit avec des restes de cette épreuve pourtant. Le corps est fragile, il porte plusieurs cicatrices, on a toujours mal aux doigts, on s'essouffle vite et se sent très limitée dans ses mouvements, et on fait des cauchemars ou des rêves qui font sens, chaque nuit.
Je rêve de ce sein qui me manque, de mon nouveau corps, de mon ex et de sa nouvelle petite amie ou encore de son retour . Je rêve de ce que j'ai vécu... Et de ceux que j'ai connus jusqu'ici. C'est comme si mon cerveau faisait le bilan de mon parcours jusqu'à mes 48 ans. Il fait ça tout seul la nuit...parfois je m'éveille en criant ou en suant. D'autres fois je m'éveille et ne me rendors pas.
La vie après le cancer c'est (enfin!) apprendre à dire non..et à se contenter de soi. Je suis très seule parce que je me sens souvent incomprise mais aussi parce que j'apprends à connaître ce nouveau moi, et que j'ai besoin de me recentrer sur moi. Pour être plus forte. Moins vulnérable. Moins naïve aussi. Des journées entières sans appeler ni voir personne, et je me sens bien. Je me protège.
Parce que l'autre, c'est celui qui ne comprend pas, qui peut blesser, juger, décevoir. Et je n'ai pas besoin de ça en ce moment.
Alors je refuse des soirées ou des moments de convivialité car je ne me sens pas prête.
Il faut dire que je ne me reconnais pas non plus physiquement et que je n'ai plus vraiment de plaisir à me préparer. Je reste seule parce que je n'ai plus envie de séduire qui que ce soit.. mes cheveux sont en vrac, courts, impossibles à coiffer. Mon teint est fatigué. J'ai pris du poids, il me manque un sein, j'ai une cicatrice en haut du buste à gauche, j'ai des ongles dégueulasses. Alors je l'accepte, et je m'en fiche éperdument du regard des autres. Mais je sais aussi que ce n'est pas le moment idéal pour faire des rencontres et essayer de séduire quelqu'un.
C'est étrange. Parfois je me dis que la vie de femme s'est arrêtée la.
D'ailleurs je suis désormais ménopausée. Je n'aurai donc jamais d'enfants, et je ne retrouverai jamais mon corps innocent. 
Mon coeur quant à lui, est en morceaux aussi.
Et à la fois, le fait de n'être plus dans la quête de séduction et donc d'amour m'oblige à me combler et m'aimer moi même. Je ne me sens pas apte ni motivée pour séduire quelqu'un, mais j'ai de l'amour pour tout et tous, et surtout pour mes proches et moi même. Et cet amour n'est pas conditionné par une tenue ou une beauté particulière..ceux qui m'aiment vraiment, ils m'ont aimée chauve, malade, blafarde, nauséeuse. Il n'est pas nécessaire de séduire.
Alors ce n'est pas ainsi que je ferai le deuil de ma dernière relation, achevée avec perte et fracas alors que je venais de subir ma mastectomie et que j'étais déjà au bout du rouleau. Mais un jour, quelqu'un d'autre peut-être viendra, avec d'autres intentions, appréciant chaque morceau de moi même, et de mon corps meurtri. Cela prendra du temps. Mais ce n'est pas une mauvaise chose. La manière dont je vais faire les rencontres, choisir un compagnon, et faire évoluer les choses,n'aura plus rien a voir avec ce qu'elle fut. Terminé la naïveté, la séduction par le physique, l'acceptation de tout, l'oubli de soi. Désormais il me faudra prévenir monsieur de ce qu'il va découvrir sur mon corps et chez moi de manière générale, et voir comment il adhère à tout ça ... Et oui! Le tri se fera tout seul.
Mais je n'en suis pas là... Après ce que j'ai vécu et après avoir été abusée par la maladie et par mon ex compagnon, j'aspire juste à l'amour tout court... L'amour de moi, et l'amour de la vie.
Et ça change tout!
Alors que vivre après le cancer ? Changer ses priorités et son entourage, se faire plaisir par et pour soi même avant tout, s'occuper de reconstruire tout ce que le séisme a détruit...et prendre patience.
Cela prend le temps que ça prend... Progressivement je redécouvre des aspects de moi ou de ma vie, et telle une enfant qui expérimente pour la première fois, je me réjouis à chaque étape.
Après le cancer on vit avec la conscience de la mort, et son acceptation. Aujourd'hui je n'ai plus peur... Si je dois mourir, et bien je mourrai. Mais si je me suis sortie de ce gros carnage (quand même !), c'est que ce n'était pas mon heure. C'est que j'ai vécu ce cancer pour d'autres raisons : il me reste des choses à apprendre, à faire, à donner, des missions à réaliser, du bonheur à semer autour de moi . La vie m'a juste envoyé un signe, un message fort, qui veut que je considère toute mon existence différemment. Alors c'est ce que je fais.
Je l'ai toujours dit, rien n'arrive par hasard. Après le cancer, on n'a plus peur de rien, mais on vit avec la peur de la récidive (cette épée de Damoclès, ce bourdon à chaque examen médical ou petit mal inattendu).
Du coup, en voyage initiatique et réparateur à Bali, je me suis lancée dans le vide sur une balançoire. Moi qui ai toujours eu le vertige.
J'ai tenu un serpent sur mes épaules et dans mes mains, moi qui n'ai jamais pu en approcher un et qui les ai en horreur.
J'ai été sous les eaux dans l'océan indien avec un masque et un tuba pour côtoyer des poissons multicolores et des tortues, sans penser aux risques et à ma peur des profondeurs, celle là même qui m'avait empêchée de faire un quelconque baptême de plongée jusqu'ici. 
Et j'ai fait tout ça le sourire aux lèvres, émerveillée, heureuse, et fière. 
Forte, enfin !
Le cancer ça vous rend forte.
Et quand les peurs s'atténuent et que vous vous sentez forte, c'est la vie entière qui change...
Et pour ne jamais l'oublier, mais aussi pour marquer mon corps positivement, pour qu'il garde une belle trace de cette épreuve, j'ai fait mon premier tatouage sur le bras gauche : "Alive", dit il, accompagné d'une fleur de cerisier qui symbolise la force et la féminité. Il est beau ce tatouage, dans tous les sens du terme. Et il signifie que désormais, je ne peux oublier que je suis ...en vie.
Et avoir la conscience d'exister, d'être vivante même, c'est ce qui change radicalement votre manière d'être et de penser.
Je suis en vie.

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  • Bridget, ce n'est pas mon prénom... Une Bridget, c'est une Pôôôvre trente/quarantenaire célibataire sans enfant... En galère avec les hommes (...). Panorama de mes expériences, réflexions, et de mes plus honteuses bêtises...--> c'est par ici !
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